Discours prononcé le 6 mars 2015 à l’occasion de la journée internationale des droits de la femme au Parlement wallon:

Discours prononcé le 6 mars 2015 à l’occasion de la journée internationale des droits de la femme au Parlement wallon: 

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Homme, es-tu capable d’être juste? C’est une femme qui t’en fait la question; tu ne lui ôteras pas du moins ce droit. Dis moi? Qui t’a donné le souverain empire d’opprimer mon sexe? Ta force? Tes talents? Observe le créateur dans sa sagesse; parcours la nature dans toute sa grandeur, dont tu sembles vouloir te rapprocher, et donne moi, si tu l’oses, l’exemple de cet empire tyrannique”.

 Tels étaient les propos, en 1791, d’Olympe de Gouges dans le préambule de sa déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Pour ces paroles, elle sera guillotinée à Paris, le 3 novembre 1793.

 Si je cite aujourd’hui cette femme, c’est parce que, plus de 2 siècles après ses paroles, que ce soit dans le domaine de la politique ou dans d’autres, nous avons encore de grands progrès à faire en matière d’égalité des chances! Actuellement, les conditions de travail et de vie, ainsi que les possibilités de contribuer à l’organisation et à la transformation de la société, ne sont toujours pas les mêmes pour les femmes que pour les hommes !

 Dois-je vous rappeler qu’en Belgique, 36% des femmes ont un revenu propre qui est inférieur au seuil de pauvreté, contre 17% des hommes ? Dois-je vous rappeler que l’écart salarial entre les hommes et les femmes peut aller jusqu’à 938 euros ? Enfin, dois-je vous rappeler, que dans notre pays, 46% des femmes travaillent à temps partiel ? L’inégalité salariale et sociale entre les hommes et les femmes est donc toujours une réalité en Belgique.

 Aujourd’hui, dans notre pays, nous continuons à parler en terme de genre : il n’est pas rare de qualifier une profession de « féminine » ou de « masculine ». C’est, précisément, contre ce fait que nous devons lutter.

 Lutter, oui, mais comment ? En misant sur l’éducation certainement: nous parlons d’introduire un cours de citoyenneté dans les écoles. Celui-ci pourrait sensibiliser les élèves à la thématique du genre. Par ailleurs, je crois qu’il est aussi temps d’innover : nous pouvons, par exemple, nous inspirer de politiques de genres appliquées dans d’autres pays. Je pense aux pays nordiques qui, dans l’analyse du Forum mondial de l’économie, arrivent, sans surprise, dans le top 5 des pays (dits) «woman-friendly» ! Ce qui contribue grandement à ces excellents résultats est que, dans ces pays, la politique pense et agit en terme de genre. Le taux d’emploi des femmes en Suède et au Danemark est au delà des 70%, pour seulement 56,7% en Belgique ! Ceci s’explique, entre autres, par leurs politiques en matière de congé de parentalité ou par leurs interdictions formelles de discrimination à l’emploi. Là-bas, de nombreuses femmes se retrouvent également dans des professions que nous qualifions ici de métiers « d’hommes ».

 Si j’ai pu chiffrer certaines différences de genre, qui sont toujours d’actualité en Belgique, toutes ne sont pas quantifiables pour autant : rappelez-vous, par exemple, du web-documentaire de Sophie Peeters, intitulé « femme de la rue ». Le sexisme est présent dans la rue. C’est vrai, mais c’est le cas dans tous les milieux et dans toutes les Régions. C’est également le cas dans toutes les fonctions et, malheureusement, le domaine de la politique est loin d’être épargné par ce fléau ! …

 Si nous avons vu, ces dernières années, une nette augmentation du nombre d’élues politiques au sein de nos assemblées, le combat pour la reconnaissance de la légitimité politique des femmes à encore de beaux jours devant lui. Cela ne fait pas si longtemps que ça finalement, que nous sommes entrés dans une nouvelle aire, celle où de plus en plus de femmes deviennent des actrices de la sphère politique et capturent l’imagination collective dans le monde entier. Celle où l’augmentation du nombre de femmes ministres et présidentes et où l’accroissement de la proportion d’élues dans les parlements nationaux et régionaux, suggère que nous avons progressé dans la sphère politique. Notre présence en politique a contribué à mettre de nouvelles questions, de nouveaux sujets, ainsi que de nouvelles propositions et priorités à l’ordre du jour !

Mais le combat est loin d’être terminé, car s’il est vrai que dans notre pays nous sommes présentes sur les listes politiques, entre autres grâce aux quotas, nos capacités sont encore trop souvent sous estimées ! Trop nombreux sont encore les mépris de compétences, les remarques sexistes et les dérapages verbaux discriminants à l’égard des femmes lors des conseils communaux et d’autres réunions à caractère politique.

 En Novembre, j’ai d’ailleurs eu la chance de participer à la première conférence mondiale des jeunes parlementaires de l’UIP. Dans ce cadre, une thématique a particulièrement attiré mon attention : celle des jeunes femmes politique faisant face à une double discrimination liée à l’âge et au sexe. En tant que jeune élue, je pouvais, moi aussi, en témoigner : mes premières années en politique locale n’ont pas toujours été simples, parsemées d’embuches et de préjugés venant de certains hommes qui me considéraient comme incapable parce que j’étais une trop jeune femme. Mais j’ai quelque chose à leur dire aujourd’hui : vous m’avez rendue tellement plus forte !

 Dans les autres pays du monde, en Afrique, en Asie, en Amérique Latine, … le combat des associations de femmes et des ONG doit aller de pair avec les différentes croyances et cultures. Il n’est pas tout à fait le même que celui que nous menons en Belgique mais il est extrêmement important ! Je pense notamment à ces associations qui luttent contre les mutilations génitales, aux organisations et aux personnes qui se battent pour que les filles aient, au même titre que les garçons, accès à l’éducation et au travail ! Rappelons que l’émancipation sociale et économique des femmes, ainsi que la promotion de l’égalité des genres, sont les deux conditions indispensables à l’accès au développement durable.

 Notre souhait aujourd’hui est que chacun puisse, dans la mesure de ses moyens, contribuer à ce combat. Au Parlement wallon, nous avons pris le relais, avec les membres du Comité d’avis d’égalité des chances, que je salue par ailleurs, pour effectuer un travail en amont et, je l’espère, aider le Ministre Prévôt à poursuivre ses objectifs en matière d’égalité des chances. Nous travaillons par thématiques. La première étant celle de ces jeunes femmes et hommes, parents célibataires, faisant face à la précarité. En tant qu’ancienne Présidente du CPAS je peux témoigner du fléau que cette problématique représente dans notre pays.

 Pour conclure, je dirais que je suis fière et heureuse d’être parmi vous aujourd’hui, à l’occasion de la journée internationale de la femme, et d’avoir pu prendre la parole au nom des membres du Comité d’avis d’égalité des chances du Parlement wallon. Je remercie toutes les personnes qui ont participé à l’organisation de cette journée, symbolique et tellement importante. Je remercie également toutes les associations qui nous font le plaisir et l’honneur d’être présentes aujourd’hui et je remercie, du fond du cœur, Marie Kremer, actrice belge et ambassadrice de cette journée.